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Un appel étrange venu dailleurs
Dans quel contexte « léveil » sest-il produit ? Je veux dire : qui était ce jeune garçon que vous étiez alors ? Avait-il des centres dintérêt particuliers ?
Il en avait essentiellement un, quil creusait avec un zèle peu commun, excessif même : son propre centre.
Expliquez-vous
Chaque homme, je le suppose, une fois au moins dans son existence, est tombé en arrêt, comme foudroyé, devant ce mystère des mystères : mon être intérieur sapparaissant à lui-même. Devant le phénomène de la conscience.
Je me sais !!! Et que resterait-il de ce moi sans cette connaissance ?!!!
Une telle rencontre est plus quun dessillement, cest un choc.
Eh bien, pendant toute mon enfance cette commotion a été là, à létat diffus
Au cours des mois qui ont précédé « léveil », elle a acquis des traits précis.
Quels étaient-ils ?
La conscience de moi mapparaissait clairement comme étant un infini. La saisie consciente, en saccomplissant, ouvrait en son propre sein une profondeur dans laquelle elle se réitérait un nombre infini de fois ; chaque nouvelle saisie se trouvant comme emboîtée dans la précédente, et relançant le développement du phénomène. Je me sais engendrait je me sais me sachant qui engendrait je me sais me sachant me sachant qui engendrait
qui engendrait
Le processus ne tendait pas vers linfini, il latteignait : au cur du potache que jétais se dilatait un infini des plus sérieux
Un fait mintriguait énormément. En vérité, bien plus quà ma curiosité, cest à ma vie quil lançait un défi
La conscience de moi était un infini, cet infini était en moi, saccomplissait en moi ceci indéniablement ;
et pourtant, je ne réussissais à pénétrer personnellement, humainement, que sa frange ; je me sais métait accessible, je me sais me sachant létait aussi, je me sais me sachant me sachant létait encore mais déjà la difficulté était devenue immense ; en fait, cétait là une barrière infranchissable. Linfini de la conscience de moi était en mon esprit, mais, dune certaine façon, jen étais séparé, exclu ; il métait impossible de lassumer en tant que personne humaine.
Dans les jours qui ont précédé immédiatement « léveil », jai tenté cent fois dentrer plus avant dans cette conscience, de forcer la barrière dont je parlais. En vain
Et puis, un soir, à loccasion dune empoignade intellectuelle farouche, féroce même, avec une énigme philosophique tout à fait étrangère à mon travail sur la conscience de moi, « léveil », soudain, a surgi.
Et ce fut comme si linfini de la conscience de moi, pris de pitié pour ce garçon qui, avec tant de zèle, cherchait à y entrer, avait, dun coup, décidé daccéder à son vu, pur de toute arrière-pensée dappropriation ; et lui avait ouvert grandes ses portes, qui, après tout, étaient celles de sa maison
Et cest ainsi quun galopin affublé de Knickerbockers fut transmué en un infini de conscience
Vous faites erreur : je portais déjà des pantalons longs.
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