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« Je m'adosse fièrement à près de deux siècles d'emmerdeurs : de novateurs, de dévoreurs de modes intellectuelles et d'élans convenus. »
Stephen Jourdain
L'irrévérence en héritage
Au 100e anniversaire du Salon d'Automne, avec Les Renoir, Pissarro, Vuillard, Cézanne, Derain, Bonnard..., un « certain » Stephen Jourdain Auvergnat d'adoption arrière-petit-fils du fondateur et parfait continuateur d'une lignée iconoclaste, à la créativité en perpétuelle éruption.
Marie-Hélène GUILLAUME
POUR fêter les cent ans d'une manifestation qui a profondément marqué l'art français et international, il fallait un coup d'éclat. Ce fut l'idée originale de rassembler le plus possible de descendants des « familles historiques » du Salon d'Automne (voir par ailleurs). Concernant le fondateur Frantz Jourdain, fédérateur de cette poignée d'artistes pourfendeurs de l'art officiel, l'invitation est parvenue à Orcines (près de Clermont-Ferrand), où réside Stephen Jourdain, son arrière-petit-fils. Celui-ci pose donc en compagnie de sa petite-fille Mélissa à la droite de l'actuel président, Jean-François Larrieu, sur la photo souvenir de l'inauguration du 14 novembre dernier.
«C'était une cérémonie émouvante : le simple appel des noms Renoir, Cézanne, Bonnard, Derain, Picasso, Kisling... avait quelque chose d'hallucinant. Imaginez... tous ont été des pionniers ; ils avaient des décennies d'avance ; mon arrière-grand-père est lui-même le fondateur de l'Art-Déco... ». Et Stephen Jourdain se souvient tout à fait de cet aïeul qui l'a fait sauter sur ses genoux, « un homme impressionnant, "fait en bois", image-même de la masculinité ».
On trouve, sans aucun doute, la trace des leçons de son précepteur Jules Vallès dans la personnalité exceptionnelle de Frantz, « ce bretteur qui a dégainé toute sa vie contre l'art officiel ; pourfendant à lenvi lieux communs et poncifs ».
Architecte révolutionnaire, premier utilisateur du béton armé, son grand uvre reste l'énorme chantier de la Samaritaine (1) à Paris : « Fondation de béton, structure d'acier et peau de verre ». On retiendra aussi qu'il a ouvert les portes aux impressionnistes, « ces peintres barbouilleurs »... !
Rencontre du quatrième type
La chaîne des puys comme toile de fond, ou métaphore, comment rêver meilleur cadre pour évoquer le quatrième « type » de la lignée Joudain ?
Steve, l'écrivain (2), honore et revendique l'héritage : « Frantz, Francis, Frantz-Pnilippe, je leur dois beaucoup. L'amour de l'esprit de finesse, l'esprit de rigueur, l'intransigeance absolue ; la haine des poncifs, des lieux communs, des pensées toutes faites ; ne pas pactiser avec la médiocrité ».
Il a fait lui-même les Beaux-Arts, mais peu doué pour le dessin à main levée, il a opté pour la sculpture des mots de la profondeur... Livres et conférences regroupent autour de lui des amis spirituels, mais attention, s'il accepte l'étiquette d'écrivain en précisant que « l'étiquette n'a jamais été le produit », il réfute fermement la tentation d'une autre étiquette, suggérant un maître à penser ou un instructeur.
En garde : « Ce que je n'entends pas transmettre, ce sont des informations. Notre époque me semble dévoyée par l'information ».
Première touche : « L'information qui a pacte lié avec la vénalité la communication confine à la débilité intellectuelle... ».
Deuxième touche : « La collusion entre argent et spiritualité implique la destruction du spirituel... ».
Pas de mission donc pour l'auteur d'importantes réflexions philosophiques et de révélations que la poésie permet parfois de « toucher ». Car en matière « d'esprit, d'âme, de conscience », aux maîtres de l'Orient, l'Occident répond par les livres, les tableaux, la musique (3). «Ce sont nos maîtres », affirme Stephen Jourdain, donnant ainsi à l'art une place souveraine. Celui qui ne distingue pas le beau du laid ne peut se développer ; ce sont les seuls sentiers honorables pour un homme occidental ».
Voilà pourquoi M. Jourdain ne pratique pas « la condescendance du Maître », mais persévère dans le sport familial : « haine des tours d'ivoire et insurrection permanente contre la sottise humaine ».
L'adversaire est désigné : « L'engouement actuel pour la spiritualité comporte beaucoup de naïveté au début, cette innocence est sympathique , mais c'est du pré-pensé, du pré-fabriqué. J'aurais tendance à faire comme mon arrière-grand-père avec l'art : liquider la spiritualité officielle. C'est la désobéissance ultime... ».
Logique ! Tel bouillonnement se sent chez lui au pied des volcans, en Auvergne. « Je suis amoureux et plein de respect pour ce pays où je n'ai pas rencontré d'ostentation sociale. Les rapports humains apparaissent simples et spontanés, sans snobisme ; comme une sorte de modèle des relations humaines ». Et puis la sensibilité artistique de cet homme éclairant trouve là une source réelle, profonde, continuelle, " un passé très ancien que même les pierres chantent... ».
(1) La Samaritaine est luvre de Frantz Jourdain, mais toute la décoration intérieure il l'a confiée à son fils Francis, peintre, décorateur, créateur de mobilier.
(2) Ouvrages les plus récente : La bienheureuse solitude de l'âme » (éd. L'Originel, 2003); «Voyage au centre de soi » (éd. Accarias L'Originel, 2000) ;
« Le grand plongeon », conférence à la Sorbonne (éd. Mercure Dauphinois) ; « Une promptitude céleste » et « L'irrévérence de l'éveil » (éd. Du Relié).
(3) « Notre champ de conscience est... un chant », extrait de « La Bienheureuse solitude de lâme ».
Légende photo de Stephen Jourdain
Stephen Jourdain à la librairie Lyre-dÊtre (Clermont-Ferrand), devant une uvre de Mélissa Jourdain de facture naïve jointe à un étonnant traitement de la matière et de couleur (photo Christian ROUCHIT).
Légende photo de groupe
Autour de Jean-François Larrieu, l'actuel président (au centre au premier rang) des descendants et parents des grands noms du Salon d'Automne, Stephen et Métissa Jourdain (à gauche), Sophie Renoir, Pierre Gobert-Cézanne, Emmanuel Renoir, Lionel Pissarro, (à droite), Jean-Yves Rouault, Leila Picabia, Diana Widmaier Picasso, Jean Kisling...
Encadré
Un siècle daudaces
Du 14 au 23 novembre 2003 s'est tenue, à Paris, la 100e édition du Salon d'Automne, créé la 31 octobre 1903, au Petit Palais.
A l'origine, des artistes emmenés par l'architecte Frantz Jourdain en réaction contre l'art officiel qui tient salons au printemps. Ces « refuzniks », rejetés du monde bien pensant des professionnels de l'art officiel ouvraient ainsi la voie au fauvisme, au cubisme, au dadaïsme, au surréalisme, toutes tendances « hérétiques » copieusement éreintées alors par la critique.
Les « peintres barbouilleurs » se nommaient : Cézanne, Bonnard, Gauguin, Chagall, Picasso, Manet, Van Gogh, Dufy..... Les « sculpteurs scandaleux » : Rodin, Claudel, Maillol... Les « musiciens tapageurs » : Debussy, Fauré, Ravel... Les « architectes fous » : Jourdain, Le Corbusier... sans parler des photographes dérangeants : Lartigue, Doisneau... et des « ouvriers » : Lalique, Vuitton... !
Au final, un salon de toutes les audaces qui a profondément modifié l'art français et international.
Légende de la photo
Frantz Jourdain (1847-1935), architecte.
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